Didier Mahet, le préparateur de raquette de tous les jeunes pro !

Tennis

10 mars 2020

Didier Mahet, cordeur et préparateur au à l’INSEP et au CNE (Centre National d’Entrainement) depuis plus de 20 ans.

Depuis combien de temps, êtes-vous spécialisé dans la préparation de raquette ?

Ça fait une vingtaine d’années que j’ai commencé à m’intéresser au matériel et comment le faire évoluer avec des outils. Jusqu’à maintenant, j’avais des outils faits maison et puis j’ai demandé à un ingénieur de développer un outil pour moi car ce que je voulais n’existait pas.

“Le joueur a des demandes, et l’entraîneur a une vision”

Comment se passe votre travail au quotidien ?

C’est une discussion en tri-partite : le joueur, l’entraîneur et moi-même. Le joueur a des demandes, et l’entraîneur a une vision sur ce qu’il veut apporter au joueur, donc on a un objectif qu’on veut atteindre et des évolutions qu’on doit apporter à la raquette. On fait des raquettes tests avec des versions différentes (V1, V2, V3). Pour les joueurs les plus forts, on va sur le court technologie de Roland Garros où on a toutes les données de rotation, de vitesse, et de précision. Ce qui nous permet de juger les résultats au-delà du ressenti du joueur.

Quels sont les ajustements que vous faites ? 

Le retour de l’entraîneur est souvent plus pertinent que celui du joueur qui a souvent des aprioris. Très souvent, les entraîneurs me font des retours sur les évolutions à faire : « il faudrait lui mettre un peu plus de poids en tête, et j’aimerais bien qu’il contrôle mieux la balle ! » Je prends les deux informations et je conçois deux raquettes : une avec les informations qu’il me donne et une comme je pense qu’elle devrait être.

J’exagère toujours, je fais systématiquement une raquette qui va être plus orientée vers la puissance, et une qui va être plus orientée vers le contrôle. De cette manière, on a deux raquettes très différentes qui nous permettent d’en tirer des informations. Si les raquettes sont trop proches l’une de l’autre, on a du mal à distinguer, et il vaut mieux avoir les deux opposés pour pouvoir en juger et par la suite affiner.

Sur quel facteur pouvez-vous intervenir ? 

Il y a 4 paramètres dans une raquette de tennis : Le poids, l’équilibre, la rigidité, et l’inertie.

Le poids et l’équilibre sont des valeurs statiques, on met une raquette sur une balance, elle fait tel poids. On pose une raquette sur une équilibreuse, quand on arrive au centre de gravité, elle ne bouge plus et on a une mesure. La rigidité ne peut pas être modifiée, un cadre est rigide ou souple. Et enfin l’inertie qui correspond à la façon dont la raquette peut se déplacer dans l’espace. Pour faire simple, plus l’inertie est forte plus la raquette va être performante, sauf si on n’est pas capable d’emmener cette inertie. Au moment où on prépare son geste, on arrive en fin de préparation, il va falloir décoller la raquette. Si l’inertie est trop importante, il y a un temps de retard et au lieu de prendre la balle devant, on va la prendre derrière et évidemment c’est moins performant. Évidemment, quelqu’un qui est très costaud est capable d’emmener une inertie très forte. A l’inverse une inertie forte peut poser problème à un joueur avec moins de force. Donc il faut trouver le juste milieu entre ce que le joueur peut emmener et ce qu’il ne peut pas emmener. 

“J’ai presque accompagné tous les jeunes de l’INSEP”

A partir de quel âge les joueurs peuvent-ils avoir des raquettes customisées ?

Il y a une jeune qui doit être maintenant 230 mondiale, j’ai commencé à 7 ans pour elle. A cet âge là, ils n’ont pas de sensation mais on commence à leur faire découvrir. J’ai pris une raquette adulte pour elle où j’ai réduit la longueur du cadre et du manche.

Quels sont les joueurs que vous accompagnez ?

J’ai presque accompagné tous les jeunes de l’INSEP et également du CNE dont Fiona Ferro. 

Pour Fiona j’ai pu la conseiller également sur sa raquette, elle cherchait un peu de puissance en conservant du contrôle , je lui ai proposé de de tester une Vcore, après quelques modifications elle a adoré et elle continue à jouer avec ça. Fiona était 250ème et là elle est passé sous la barre des 60.

“ J’ai l’impression de participer à l’aventure des jeunes”

Quelle relation avez-vous avec les joueurs ? 

J’ai toujours l’impression de participer. Parfois les joueurs et les parents me disent : ça c’est grâce à toi ! Alors je leur réponds que non je ne suis pas un magicien, je ne ferais pas mieux jouer un joueur.  Il aura de meilleurs résultats car le matériel n’était pas adapté et non pas l’inverse.

Qu’est ce qui rend votre métier trépidant ?

C’est le fait de voir les jeunes gagner. J’ai l’impression de participer à l’aventure des jeunes à travers ce qu’on fait pour eux !

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