A travers l’objectif de Raph Sachetat

Badminton

27 février 2020

Photographe et créateur de la société Badmintonphoto, fondateur de l’association Solibad, Raph Sachetat a plusieurs cordes à son arc. Il nous raconte avec beaucoup de passion et d’émotion son parcours à travers le monde du badminton et autour de la planète, toujours à la recherche du meilleur cliché. Mais c’est surtout ces liens qu’il a créés avec cette grande famille du badminton faisant d’un métier, une passion.

Comment se fait-on une place dans le métier de photographe ? Quel est votre parcours ?

Alors c’est assez rigolo, parce que à la base je suis journaliste et c’est quand je travaillais sur les droits humains pour Amnesty international que j’ai eu le déclic. Un jour, j’ai réalisé une interview pour eux, c’était aux Etats-Unis, et j’en suis ressorti épuisé. Je suis monté dans un bus dont le terminus arrivait à l’US open de badminton. Le bad j’y jouais en loisir et j’ai vu qu’il y avait là les meilleurs mondiaux. J’ai voulu accéder à la salle de presse, mais il n’y en avait pas, ni journalistes, ni photographe. Suite à ça, j’ai contacté la fédération internationale en leur disant « voilà je suis sur place, à Los Angeles pendant une semaine, le tournoi débute, est-ce que ça vous intéresse d’avoir des petits articles ? » Ils m’ont répondu : “Bien sûr, on lance le site, c’est le début, super, on a vu le live, c’est impeccable !”  Donc voilà ça a commencé par ça.

« A la tête de l’agence Badmintonphoto »

Donc vous étiez le premier photographe ?

Alors là ce n’était pas de la photo, j’étais en tant que journaliste. On m’avait prêté un petit appareil photo pour illustrer les articles. J’avais un ancêtre de l’appareil digital, avec le floppy disk. Après, j’ai investi dans un petit appareil photo et j’ai pris des cours du soir avec la mairie de Paris. Je voulais m’améliorer sur la photo sportive qui est quand même très spécifique. J’ai commencé à vendre des photos, puis j’ai racheté un boîtier plus important, des objectifs et j’ai créé la société Badmintonphoto en 2004. Donc quatre ans après avoir fait ça en indépendant, j’ai monté l’agence qui est devenue agence officielle de la fédération internationale en 2004. 

Pourquoi avoir choisi le badminton ?

Parce que je jouais et que c’est un challenge en tant que photographe. C’est rapide et dans des conditions lumineuses difficiles, donc pour les photographes c’est l’horreur, mais par contre on retrouve des émotions et des gestes incroyables. Il y a un panel de coups vraiment intéressants par rapport à d’autres sports où c’est très répétitif !

« Savoir capter les émotions » 

Un moment marquant ?

La victoire de Taufik Hidayat en 2004. J’avais parié qu’il allait gagner, et lui m’avait dit « non ». Il a fondu en larmes sur le podium et moi aussi. 

Comment suivre la compétition, vivre les émotions du match quand on est concentré sur la photo ?

Ça dépend vraiment de la sensibilité de chacun. Je suis très sensible, une éponge à émotions, donc je ressens tout très fort. Certains sont là uniquement pour faire leur boulot et il n’y a pas d’émotions particulières. Mais quand on connaît les joueurs depuis qu’ils sont enfants et qu’on sait que ce match-là est hyper important pour eux, forcément, on ressent des choses et je pense que ça se perçoit dans la photo. La manière dont on va prendre la photo, comment on va la recadrer, la retravailler et lui faire raconter une histoire. 

Mieux on connait le joueur, plus c’est facile de capter ses émotions ?

Quand on connaît bien les joueurs, on sait leurs réactions ! Lin Dan, je sais qu’il va se retourner vers son coach, donc moi, je me mets à côté de son coach et je sais que je vais pouvoir capter quelque chose. Après, il y a des joueurs dont je suis ami proche et à un moment donné, ils vont se tourner vers moi, se retourner avec un éclat dans les yeux ou me faire un signe. J’arrive à capturer ce moment particulier. Ça apporte un petit plus dans la photo d’émotion !

 

« Des joueurs photogéniques »

La plus belle photo de bad ou la plus emblématique ? 

La photo de Lin Dan qui saute de joie quand il remporte la médaille d’or chez lui en 2008 ! Elle est géniale, on voit toute l’émotion.

Est-ce qu’il y a des joueurs photogéniques ?

Oui Viktor Axelsen ! On lit ces mouvements, il a un jeu “by the book”. Il fait le geste qu’il faut au moment où il faut. C’est un joueur très appliqué, il a un déplacement parfait. C’est un bonheur de le prendre en photo parce qu’on anticipe, c’est simple.

« Le badminton, cette grande famille »

Une anecdote particulière sur une photo ? 

Carolina Marin quand elle a été championne du monde la première fois, j’étais là. Je la connais depuis qu’elle est gamine. Elle avait envie de me sauter dans les bras, mais je lui disais : “Attends, je prends la photo d’abord”. Elle montrait sa médaille, elle avait des étincelles dans les yeux !

Solibad fête ses 10 ans cette année, qu’est-ce que c’est ?

C’est une association caritative qui compte une cinquantaine d’ambassadeurs. On aide les gamins qui ont une situation catastrophique en apportant de la joie grâce au badminton. Il y a une vraie solidarité dans la communauté bad, comme par exemple Carolina Marin qui nous donne 1% de ses prize money. D’autres nous donnent des tee-shirts pour des enchères, ou mettent des petits mots sur leurs réseaux sociaux. Le rapport que les joueurs ont les uns entre les autres, c’est comme une grande famille !

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